La réquisition des élèves infirmières dans le dispositif de vaccination contre la grippe A(H1N1) soulève de nombreuses difficultés et compromet le déroulement des formations. Elle témoigne d’une improvisation par les services extérieurs de l’Etat, eux-mêmes soumis à la pression politique dans des conditions discutables.La campagne en Ile de France témoigne des dysfonctionnements
Après le volontariat 2 à 3 jours par semaine sur des vacations de 4 à 5 heures, le renforcement de la campagne a été conduit dans l’urgence, sous la pression, voire les « menaces » sous entendues. Etudiants et formateurs deviennent réquisitionnés sur la base de 7 jours sur 7 à raison de 3 vacations par jour de 7h30 à 22h30. Les écoles de cadres et de spécialités rejoignent le dispositif et sont répartis sur la région.
Après un mois de campagne de vaccination, les IFSI d’Ile-de-France sont tous en situation de crise, avec des écarts organisationnels et d’exigence entre IFSI et départements. Certains IFSI parisiens ont été affectés dans les départements de banlieue. Des IFSI du 92 sont en fermeture pédagogique par arrêté préfectoral.
Les impacts de la campagne sur les acteurs des IFSI
- Etudiants : Ils ne peuvent plus suivre ni les cours, ni les stages, avec régularité et sont pénalisés dans leurs apprentissages. Ils perdent les fils conducteurs des modules lorsque ceux-ci sont maintenus. Ils ne progressent plus dans l’élaboration du travail de fin d’études (TFE) faute de guidance et ne bénéficient plus de mises en situation professionnelle (MSP) formatives et certificatives.
Les absences en stage sont parfois contestées par les professionnels qui les encadrent. Ils expriment de vives inquiétudes sur la dégradation de la formation, une année scolaire gâchée et l’échec au diplôme.Ils sont réquisitionnés sur le département où est implanté l’IFSI, mais parfois loin de leur domicile. Les week-ends, ils perdent des repos hebdomadaire et des revenus s’ils travaillent. Les tranches horaires (17h-22h30) les exposent à des situations d’insécurité et à des difficultés de transports.
- Formateurs : Ils n’assurent plus leur mission d’enseignement, d’évaluation, de suivi des étudiants et d’accompagnement TFE. Ils ne peuvent plus s’impliquer dans des projets. Ils sont, comme les étudiants, confrontés à l’éloignement de leur domicile et à l’insécurité. Ils assument les permanences sur leur temps de travail et hors du temps de travail, plus le week-end.
- Directeurs et collaborateurs : Ils organisent, réorganisent, réajustent (en fonction des ordres et contre ordres) les plannings de réquisitions. Ils doivent sensibiliser les étudiants et personnels pour obtenir leur « réquisition volontaire », gérer les doléances et les inquiétudes des étudiants (parfois de leur parents) et des personnels. Ils doivent répondre aux interpellations, questions quotidiennes en semaine et week-end de 7h30 à 22h30, des étudiants et formateurs confrontés aux dysfonctionnements ou aux problèmes de sécurité de la chaine de vaccination. Ils sont mobilisés sur ce dossier au détriment de toutes les autres activités et notamment tout ce qui concerne la réforme des études et les partenariats universitaires.
- Les secrétaires : Elles sont mobilisées également. Elles ne peuvent plus assumer leurs taches administratives : saisie des notes, affectations de stages, remboursement des indemnités…
Les impacts sur l’organisation générale des IFSI
L’organisation des IFSI est complètement déstabilisée, elle est centrée sur la campagne de vaccination au regard des directives fréquentes, tardives, changeantes et toujours dans l’urgence voire l’extrême urgence. Certains IFSI (indépendamment des IFSI fermés par arrêté préfectoral) ne peuvent plus fonctionner.
Les autres filières de formation aides-soignants, auxiliaires de puériculture, ambulanciers, … sont également désorganisées du fait de la réquisition globale des formateurs.
Les modules, les cours, les encadrements en stage, le suivi des étudiants sont supprimés partiellement ou totalement faute de formateurs mais également d’intervenants car également réquisitionnés. Les modules optionnels ne seront pas réalisables (sortie avril).
La préparation des actions de communication des concours d’avril 2010 est compromise : les participations aux forums des métiers, l’organisation des journées portes-ouvertes ne pourront pas se concrétiser. La préparation du deuxième semestre est bloquée. La préparation au diplôme, sortie d’avril, est en danger.
En conclusion
La contribution à la campagne de vaccination paralyse le fonctionnement des IFSI et compromet, dans un climat de tension, l’année 2009-2010, la réussite au diplôme d’Etat, le concours de recrutement 20100 et la mise en œuvre de la réforme. Elle suscite une incompréhension des acteurs réquisitionnés, choqués d’être maintenus dans des centres à ne rien faire, faute de population à vacciner ou de médecin et inquiets des situations d’insécurité. Les effets négatifs portent préjudice à la formation de la profession et aux futurs recrutements d’étudiants.
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